Environnement

L’ENJEU DU SIÈCLE, LA DÉPOLLUTION DES OCÉANS (Le Manta, Ocean Cleanup…)

Comme vous le savez si vous êtes un adepte des plongées sous-marines, retrouver des sacs plastiques ou tout autre déchet dans cet écosystème si merveilleux n’est jamais une expérience agréable.

Heureusement des solutions pour faire face à ce défi voient le jour. Comment passer à côté de cet immense catamaran qui par biomimétisme a l’apparence d’une raie manta, d’où son nom. Ou encore le fabuleux projet d’un jeune néerlandais qui a fondé Ocean Cleanup. Ces démarches ont tout pour réussir même si nous savons qu’il sera impossible de nettoyer intégralement nos eaux.

Au-delà de la pollution visuelle, le plastique menace chaque année un peu plus notre planète.
Selon le WWF, 80 % du plastique retrouvé dans nos océans provient de la terre. Ceci est dû à la dégradabilité des plastiques jetés par l’homme dans la nature ainsi qu’aux déchets se retrouvant dans les cours d’eau (égouts, rivières, fleuves) et qui sont acheminés naturellement avec le courant dans nos océans. Les 20 % restants proviennent majoritairement de la pêche.

Ces détritus ont un fort impact sur la chaîne alimentaire des mammifères, donc des hommes. En effet, des poissons mesurant quelques centimètres, aux baleines, le phytoplancton et le zooplancton se retrouvent dans tous les organismes vivants. Ils sont à la base de la chaîne alimentaire. Sans eux, c’est tout un écosystème qui serait perturbé d’autant plus que grâce au phénomène de photosynthèse, le phytoplancton produit plus de 50 % de l’oxygène que nous respirons. Le plastique en décomposition lui nuit et le menace réellement, la quantité de phytoplancton aurait diminué de 40% depuis 1950. A ceci s’ajoute le fait que les poissons que nous consommons se nourrissent de ce plancton, nous ingérons donc du plastique. La problématique actuelle concernant la pollution par le plastique est donc qu’elle menace cette espèce qui est pourtant un pilier de notre poumon bleu. Sans compter les déchets plastiques qui stagnent dans les rivières, les fleuves et qui polluent directement les nappes phréatiques. En buvant de l’eau vous pouvez ingérer entre 3 000 et 4 000 microparticules. Des études sont encore en cours afin de connaître la répercussion de ce phénomène sur notre santé. 

Même si se débarrasser des 12 millions de tonnes de plastique déversées par an dans les océans est une tâche colossale, une bonne partie pourrait être recyclée grâce à ces projets de grande envergure. 

Voyons cela un peu plus en détail, avec Le Manta pour commencer :

LA GENÈSE

Le projet a démarré en 2016 grâce à Yvan Bourgnon, un skipper franco-suisse. Il est le président-fondateur de l’association The SeaCleaners et l’un des concepteurs du Manta. Au fil de ses expériences et de ses multiples records du monde, Yvan Bourgnon a pris conscience des risques environnementaux liés à la pollution plastique dans les océans. C’est à partir de 2018 que la conception débute réellement. 

Yvan Bourgnon, président-fondateur de The SeaCleaners

L’association The SeaCleaners qui finance le projet a réussi à réunir 17 entreprises industrielles et 5 laboratoires. Plus précisément, ce sont 58 ingénieurs, techniciens et chercheurs qui ont travaillé ensemble plus de 20 000 heures pour passer de la vision du Manta à sa réalisation.

Représentation en image de synthèse du Manta, The SeaCleaners

ET CONCRÈTEMENT ?

L’objectif sera dans un premier temps de lutter contre la pollution plastique. Les déchets seront naturellement piégés à la poupe grâce à un “collecteur” de déchets inspirés des fanons de baleine. Il aura pour rôle de filtrer et nettoyer, comme le font les raies manta dans les courants océaniques. Ensuite, ils seront remontés sur le pont grâce à un système d’aspiration et à des tapis roulants avant d’être triés. 

Le “collecteur” (source : KissKissBank)

Tapis roulants acheminant les déchets de l’eau au pont pour le tri (Source : The SeaCleaners)

Les déchets métalliques, en verre ou en aluminium seront mis de côté pour être recyclés sur terre. Les matières organiques seront bien entendues remises à l’eau. Quant aux déchets plastiques, ils seront broyés puis compactés pour être convertis en énergie. L’unité de conversion énergétique fonctionnera grâce à la pyrolyse. Les déchets seront soumis à une chaleur s’élevant aux alentours des 430 °C afin de les transformer en gaz de synthèse. Les émissions de chaleur et les gaz résiduels seront utilisés pour alimenter le Manta et préserver l’environnement

Schéma de l’unité de conversion énergétique par pyrolyse (à titre indicatif)

Ce catamaran retirera 5 000 à 10 000 tonnes de détritus des océans par an. Pour naviguer, le Manta utilisera l’énergie solaire avec ses 500 m² de panneaux solaires et le vent avec ses 2 turbines et ses 1500 m² de mat qui lui octroiera la taille d’un immeuble de 20 étages.

À son lancement, le Manta ira aspirer les déchets à la sortie des grands fleuves comme le Gange (Inde) qui s’étend jusqu’au Bangladesh, l’Amazone, le Mékong, le Yangzi Jiang (Chine)…

En plus de dépolluer les océans, le Manta accueillera des missions scientifiques et permettra de faire de la prévention et de la sensibilisation, car il sera visitable lors de ses escales aux 4 coins du monde. En attendant la mise à l’eau du Manta prévue entre 2022 et 2024, The SeaCleaners organise des campagnes de ramassage des déchets sauvages tout en motivant l’implication citoyenne. 

Affiche de prévention face à la pollution plastique, par Comquest (agence de communication) pour The SeaCleaners

EN PARALLÈLE, OCEAN CLEANUP

C’est depuis 2010 que le néerlandais Boyan Slat, alors âgé de 16 ans, a su qu’il devait agir contre la pollution plastique dans les océans lors de ses plongées en Grèce. 

Boyan Slat

Entre 2010 et 2012, il effectue des recherches et réfléchit à un système passif de nettoyage. Il présente sa solution en 2012 à l’université de Delft, en Hollande. Son système est constitué de barrières flottantes, orientées en V, et qui est fixé au fond marin. Ces barrières flottantes permettent de rassembler le plastique, en utilisant les courants marins naturels. Une fois arrivé au centre du V, une plate-forme peut extraire efficacement les déchets. 

Représentation du système de collecte des déchets de Boyan Slat (image de synthèse)

Après avoir reçu un lauréat, le prix de la Meilleure Conception Technique de l’université de Technologie de Delft, le jeune entrepreneur décide en 2013 de fonder Ocean Cleanup, une ONG qui compte à ce jour 80 employés

Les recherches scientifiques menées depuis ces années ont permis en septembre 2018 de mettre en place dans le gyre (tourbillon océanique) du Pacifique Nord, au large de San Francisco ; une barrière flottante de 580 mètres de long. Malheureusement, cette tentative s’est soldée par un échec. Néanmoins, Ocean Cleanup a su rebondir et a le 26 juin 2019 déployé une version améliorée de leur filet géant. En effet, le système se déplaçait trop vite dans l’eau par rapport aux déchets. Ce qui menait à une collecte insuffisante. Mais pour leur deuxième tentative à partir de Vancouver, au Canada, les ingénieurs ont décidé d’ajouter une ancre avec un parachute pour ralentir le déplacement naturel du filet. Ce fût un succès, de plus, moins de déchets passaient par-dessus le dispositif, car le design a aussi été revu.

Récolte au bout de quelques jours dans une zone peu polluée du gyre (2019)

Pour financer leur travail, l’ONG a mis en place un financement participatif original ! Il est, en effet, possible de faire un don et recevoir en contrepartie des lunettes de soleil constituées du plastique récupéré dans les eaux. Cette idée permet de mettre en valeur le rôle du recyclage. 

Aujourd’hui, Ocean Cleanup continue d’innover et de se développer. L’objectif est d’installer le maximum de filets dans chaque gyre des océans. En plus de cela, ils se concentrent de plus en plus sur les rivières et les fleuves afin de traiter le problème à la source. 


PRODUIRE ET CONSOMMER AUTREMENT

Et si finalement la solution à notre problème se trouvait dans notre manière de produire. Le plastique met environ 450 ans pour se décomposer dans l’eau. Grâce à cette donnée, une jeune étudiante australienne de 17 ans, Angélina Arora, a décidé d’innover un plastique biodégradable qui ne mettrait que 33 jours pour s’effacer naturellement de nos océans, soit 1,5 millions fois plus vite que du plastique ordinaire. 

Angélina Aurora brandissant un échantillon de son invention (Source : Forbes)

Ce matériau est composé uniquement de carapaces de crevettes et de cocons de soie. Le fait d’utiliser de la matière organique dans sa conception permet à ce dernier de répondre aux problématiques du développement durable et au défi que constitue le changement climatique. De plus, quand il se décompose, il crée de la matière organique, de l’engrais naturel. Il y a donc un double bénéfice. 

Grâce à ses recherches, Angélina a reçu le prix « Innovator to Market » en 2018. La jeune scientifique a pour souhait de commercialiser son invention, mais elle n’est pas encore brevetée… Comme Yvan Bourgnon (The SeaCleaners) et Boyan Slat (Ocean Cleanup), elle n’a qu’un rêve : dépolluer les océans de ce plastique si dangereux pour nos écosystèmes et si gênant lors de nos plongées. 

Autre exemple avec l’entreprise allemande Silwy. Ils sont partis du constat simple qu’il arrive de polluer l’océan pas seulement depuis la terre. En mer, lorsque l’on navigue, si le courant est un peu trop fort, notre verre peut facilement passer par-dessus bord… 

Pour répondre à ce problème, Silwy a eu l’idée de développer et commercialiser des supports magnétiques permettant à leurs produits de rester en place. Nous pouvons retrouver sur leur site des verres, des bocaux ou tout autres accessoires pouvant ne pas tenir en place facilement.

Verre à pied sur son support magnétique, Silwy

Que ce soit le Manta de The SeaCleaners, le filet de Ocean Cleanup ou les solutions apportées par les entreprises et les jeunes soucieux de leur environnement, l’espoir est de mise dans le fait qu’il est encore possible de dépolluer les océans, ou simplement limiter cette pollution. Il ne faut pas oublier non plus que si notre poumon bleu vient à trop souffrir de la pollution plastique alors ce sera toute la planète qui en subira les conséquences.


SOUTENIR LES PROJETS

>> liens vers les dons : 

https://www.theseacleaners.org/fr/nous-soutenir/

https://products.theoceancleanup.com/


En savoir +  

https://www.theseacleaners.org/fr/accueil/

https://products.theoceancleanup.com/

https://silwy.de/en/faq


SOURCES

L. (2017, 14 septembre). Un bateau voilier pour nettoyer les océans – Laurent. Medium. https://laurent64.medium.com/un-bateau-voilier-pour-nettoyer-les-oc%C3%A9ans-d1eba6a55190

EBjournaliste. (2018, 23 février). Le Manta un bateau nettoyeur. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=0R-Pu-HuT0U

d’EcoCO2, C. (2018, 14 avril). Le Manta, premier quadrimaran géant collecteur de déchets plastiques. Eco CO2. https://www.ecoco2.com/blog/le-manta-premier-quadrimaran-geant-collecteur-de-dechets-plastiques/

Natura Sciences. (2019, 9 octobre). The Ocean Cleanup réussit un premier test de dépollution du 7e continent. https://www.natura-sciences.com/environnement/ocean-cleanup-depollution-plastique.html

Brut. (2020, 7 février). Une Vie : Boyan Slat, l’homme qui veut nettoyer les océans. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=FebtaGFNooU

Louvet, B. R. S. (2020, 11 décembre). The Ocean Cleanup se prépare à nettoyer les rivières les plus polluantes du monde. Sciencepost. https://sciencepost.fr/the-ocean-cleanup-rivieres/

Kleczinski, N. (2020, 26 mai). Une jeune australienne de 17 ans invente un plastique qui se décompose en seulement 33 jours. . . . NeozOne. https://www.neozone.org/ecologie-planete/une-jeune-australienne-de-17-ans-invente-un-plastique-qui-se-decompose-en-seulement-33-jours/

Silwy. (s. d.). silwy. https://silwy.de/fr/plaisance

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