Peuples de l’apnée

Certaines peuplades à force de passer du temps sous l’eau, généralement pour se nourrir et exploiter les ressources sous-marines de leur milieu, ont développé au fils des siècles des compétences exceptionnelles en apnée, au point de voir même leur capacités physiologique se réadapter.

Les Bajau ou encore les Nomades de la mer 

Les Bajau, Badjaos, Badjos ou encore Bajo, mais souvent surnommés les Nomades de la mer, sont un peuple ethnique de Brunei, qui habitent principalement en Malaisie, aux Philippines et en Indonésie. Ils subviennent à leurs besoins grâce à la pêche et à la vente de holothuries, communément appelés concombres des mers.

Ils sont connus pour leur mode de pêche particulièrement impressionnant. En effet, les bajau pêchent en apnée, à des profondeurs pouvant atteindre jusqu’à 60 mètres, et ce, durant plus de 13 minutes sans reprendre leur respiration !

Ils plongent simplement avec un masque rudimentaire ainsi que des poids. Même avec une santé irréprochable, un individu qui ne fait pas partie du peuple Bajau n’arrivera jamais à atteindre une aussi longue durée sous l’eau. En effet, le record mondial en statique est de 11 minutes et 35 secondes, détenu par l’apnéiste Stéphane Misfud. 

Alors pourquoi ce peuple est-il doté de ces capacités exceptionnelles en apnée ? On peut expliquer cela par la sélection naturelle, une mutation génétique du corps des Bajau au fils de siècles à force de pratiquer quotidiennement l’apnée. Leur corps s’est adapté à leur mode de vie. En effet, des études scientifiques ont été menées afin de comprendre comment cela est possible, une telle capacité à rester plus de 13 minutes sous l’eau sans respirer.

Et le constat est le suivant : leur rate serait 50% plus grosse qu’un individu qui ne pratique pas l’apnée comme les Bajau. La rate sert à aider le système immunitaire à renouveler les globules rouges. On remarque que la rate est un organe indispensable à l’apnée car cet organe est disproportionné chez les phoques, qui passent la plus grande partie de leur vie sous l’eau.

Une deuxième mutation génétique apparaît chez les Bajau et pourrait expliquer leur capacité d’apnée. Il s’agit de la présence du gène appelé PDE10A dans leur ADN, un gène qui contrôle une hormone thyroïdienne. Cette hormone thyroïdienne influence les capacités d’oxygénation des individus. Ces deux mutations expliquent donc la capacité des pêcheurs à rester aussi longtemps sous l’eau sans respirer.

Les Ama, femmes de la mer

Les Ama, ces mamies japonaises, sont des pêcheuses artisanales qui plongent dans l’océan pacifique, au large de la ville de Toba, dans la péninsule de Shima.

« Ama » signifie « femmes de la mer » en Japonais.

Cette pêche ancestrale existe depuis plus de 3000 ans. Ces femmes pêchent afin de recueillir des coquillages, des ormeaux, des algues ou encore des oursins. Pour les plus chanceuses, elles peuvent parfois ramener des perles, qui se vendent à prix d’or.

Plus de 12.000 dans les années 30, elles sont aujourd’hui moins de 2000, bien que seulement une centaine continuent de plonger quotidiennement. En 1930, elles commençaient à plonger aux alentours de 15 ans, s’entraînent d’arrache pied sous l’œil des plongeuses les plus expérimentées, afin de pouvoir participer à terme aux saisons de pêche.

Aujourd’hui, celles qui restent sont âgées de 50 à 75 ans, et n’ont cessé de plonger tout au long de leur vie. La saison de pêche dure 10 mois. Elles prennent le large à bord de petites barques à moteur conduites par des tamae, tôt le matin. Elles sont équipées d’une combinaison et d’un masque de plongée, et sont armées d’un panier et d’un burin. Ainsi, elles vont plonger jusqu’à 10 mètres de profondeur durant 5 à 10 minutes afin de chercher les joyaux que peut offrir l’océan. Elles replongent comme cela durant près d’1h30 et ce, chaque jour.  Ces performances incroyablement remarquables leur valent le surnom des « Sirènes du Japon ». 

Ces femmes ont également une place très importante dans cette société japonaise.

En effet, de par cette discipline hors normes, elles ont développé un physique très musclé, ainsi qu’un mental d’acier. Elles ne rentrent pas dans les normes de femmes douces et discrètes qui étaient dans les mentalités des Japonais. De plus, la pêche est un pilier économique sur lequel repose les foyers, elles subviennent aux besoins de leur famille, rôle à l’époque attribué aux hommes.

Enfin, elles sont très respectées car elles ont un pouvoir religieux. Elles ont un rôle très important dans les villages, au même niveau que les élus municipaux dans les processions locales, notamment en l’honneur de la déesse Amaterasu. La déesse Amaterasu est la déesse du soleil, qui donne sa protection aux plongeuses lors de leurs sorties en mer. Ces femmes sont donc vues comme des stars au Japon.

Cependant, avec la modernisation de la société, les femmes japonaises ne sont plus prêtes à sacrifier leur vie en ville, dans la modernité, pour une carrière de pêcheuse. Le nombre d’Ama est donc très faible aujourd’hui.

Crédit photographe :  Stéphane Coutteel

Les Haenyo

Les Haenyo sont des femmes coréennes originaires de l’île Jeju-do, une île qui se situe au sud de la Corée et sont de grandes pêcheuses.

Elles sont le symbole de la société matriarcale de l’île Jeju-do.

Mais alors, pourquoi ce sont les femmes qui pratiquent ce dur travail et non les hommes ? Pendant de nombreux siècles, la pêche était effectivement réservée aux hommes. Mais au XIXème siècle, les pêcheurs sont contraints de payer de très fortes taxes. La tâche a donc été relayée aux femmes de l’île. La pêche étant le pilier sur lequel repose l’économie de Jeju-do, la société se transforma donc vite en société matriarcale, elles deviennent les chefs de la famille, car leurs revenus dépendent d’elles. Ce rôle inversé a posé problème dans la société coréenne, qui, à l’époque notamment, plaçait les femmes à une place inférieure aux hommes. Les administrateurs de Séoul essayèrent même d’interdire aux Haenyo de plonger, prétextant qu’elles allaient pêcher seins nus et que cela était indécent. Mais cela fut un échec, et les Haenyo ont continué de plonger malgré tout. 

La seconde raison qui poussa les femmes à prendre en charge la pêche est une raison physiologique. En effet, les femmes ayant plus de graisse que les hommes, elles supportent mieux le froid de l’eau qui peut descendre aux alentours de 8°c. Les Haenyo commençaient donc à plonger vers 15 ou 16 ans, afin d’aller chercher des poulpes, des huîtres ou encore des coquillages…

En 1950, elles étaient plus de 30.000, en 2003, elles ne sont plus que 5650, dont la plus grande partie à plus de 50 ans aujourd’hui. Elles plongent jusqu’à 20 mètres de profondeur et restent plus de 2 minutes en apnée. Elles doivent, en plus de retenir leur respiration, prendre en compte les dangers de la mer tels que les méduses ou encore les requins.

Ces femmes ont donc fait fortune avec la pêche. Cela leur a permis de construire des maisons plus confortables, ainsi que de permettre à leurs filles notamment d’avoir accès à l’éducation. C’est pour cela que les filles aujourd’hui préfèrent faire des études et s’émanciper en ville plutôt que de faire le même métier que les Haenyo.

Crédit photographe : Hyung S. Kim

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